Les intégrateurs de robotique industrielle en France

Les intégrateurs industriels, clef de voute de l’écosystème national robotique d’entrepreneuriat et d’innovation, sont méconnus et fragilisés par leur environnement.

Tout robot doit être intégré dans un environnement spécifique avec des logiciels et des composants spécialisés. Les robots standards sont rarement utilisés indépendamment. La phase d’intégration du système permet l’intégration des différents composants dans un environnement spécialisé avec des outils spécifiques, les entrées requises des systèmes d’alimentation et de production.

Les intégrateurs jouent un rôle clé dans la chaîne de valeur,

Le métier de l’intégrateur est de réaliser des équipements sur une demande client spécifique et de choisir les bonnes technologies pour répondre de façon performante à une fonction. Il co-définit les besoins avec l’utilisateur / client final, conçoit techniquement (ingénierie)  les solutions robotiques, assemble, construit, implémente et maintient ces solutions et, enfin, forme et assiste l’utilisateur final.

Le rôle pivot des intégrateurs dans la chaîne de valeur de la robotique industrielle

Il faut distinguer l’intégration de robotique industrielle au service de l’optimisation de la production manufacturière, qui a un historique dans l’automatisation robotique et domine le marché en valeur, de celle, émergente, des robots de services (secteur primaire et tertiaire), pour lesquels il faut créer des nouveaux intégrateurs.

Les intégrateurs industriels en France

Sur une estimation de 450 sociétés d’intégration en France, seul ¼ est à peu près référencé. L’intégration de robots industriels dans un contexte de production est majoritairement le fait de TPE et de PME. Le métier d’origine est d’intégrer des automates industriels (robots industriels de 1ere génération) et fait appel principalement à des compétences en ingénierie mécanique et mécatronique, en génie électrique, en Méthodes et Process, et en gestion de projets. L’autre métier d’origine est celui de la machine spéciale, qui demande des compétences logicielles de conception, et des compétences dans les métiers de la métallurgie et l’ingénierie.

Dans l’Industrie, les business modèles et chaines de valeur sont déjà « établis », même s’ils sont en transformation par le numérique et que les robots dits « collaboratifs » et autres innovations  ouvrent l’écosystème à de nouveaux acteurs entrants à chaque niveau de l’écosystème (Annexe 6):

  • Les fournisseurs – fabricants de robots sont de grands groupes, majoritairement japonais. (Annexe 7 : Top mondial). Seul Universal Robots a réussi une percée remarquable, en nouvel entrant fabricant. La concurrence est de plus en plus intense avec les fabricants « historiques », l’arrivée d’une offre innovante d’entrepreneurs,  et celle de puissants conglomérats (Doosan, Hanwha Techwin, par exemple…) qui ont saisi la brèche de l’innovation de robotique collaborative pour entrer dans le marché. Pour autant, la capacité mondiale de production de robots est inférieure à la demande mondiale, boostée par la Chine. La production de composants est sous tension. La France n’est présente qu’avec Staubli (capitaux suisses), dans ce top mondial général.
  • Les grands groupes des secteurs numérique et informatique, comme SAP, Oracle, IBM, Microsoft, Altran, etc… s’intéressent de plus en plus à l’intégration des équipements et solutions robotiques en prolongement et complémentarité de leur métier, plus logiciel, au sein du Processus industriel. Leurs liens existants avec les grands groupes clients inhibent partiellement l’accès des PME robotiques pionnières, d’autant que ces dernières n’ont pas la surface financière, industrielle et humaine de projets d’envergure ou de déploiements à grande échelle.
  • Les clients sont de grands groupes automobiles (1er client mondial de robots, 33% des achats de robots industriels selon l’IFR) – et d’électronique grand public (32% des achats de robots industriels en 2017). Ils exigent un ROI rapide sur des innovations, un paradoxe difficile à tenir. De nouveaux marchés de l’agro-alimentaire, de la plasturgie, de l’industrie pharmaceutique et cosmétique, ainsi que l’automatisation de la supply chain se développent à vive allure. La robotique « collaborative » ouvre également le marché de la transformation robotique des PME-PMI. La France serait le 2ième marché européen en volume avec environ 900 robots collaboratifs achetés en 2017 sur le territoire.

L’intégrateur est un intermédiaire entre le fabricant au pouvoir fort, (demande supérieure à la capacité annuelle de production de robots, maitrise de leurs technologies propriétaires), et sous la pression de grands groupes clients. La croissance de l’intégrateur est freinée par sa trésorerie et les difficultés de recrutement. La transformation de nos industries dans le cadre de l’Industrie du Futur est impactée par la structure économique de notre tissu d’intégrateurs. Les mesures pour l’investissement productif (suramortissement, Robot Start PME,…) stimulent la demande, mais accentuent l’effet « goulot d’étranglement » de l’intégration. « On arrive au paradoxe d’entreprises d’intégration qui ferment, alors que leur carnet de commande est plein ».   

La fragilité économique des intégrateurs industriels français est une menace de perte de valeur économique et de savoir-faire techniques indispensables à la compétitivité de nos industries, notamment dans les métiers de la métallurgie.

Schéma PESTEL de l’intégration de robotiques industrielles

Les intégrateurs industriels innovants en profondeur technique font face à des enjeux d’une filière structurée autour de grands groupes mondiaux avec des modèles économiques verticaux établis, qui placent les intégrateurs en prestataires intermédiaires et sous-traitants en tension.  Ces PME-PMI innovent par la transdisciplinarité qui fait évoluer leurs métiers avec des difficultés de recrutement de personnel qualifié, et l’émergence d’une concurrence nouvelle de grands groupes « informatiques » et SSII logicielles.

Pour autant, il est clair que les entreprises d’intégration sont clés, que ce soit dans l’industrie ou pour les nouvelles robotiques. Les alternatives stratégiques « classiques » qui se présentent aux entreprises d’intégration dans leur univers PESTEL sont la croissance interne, la croissance externe (Fusion, Acquisition), les Alliances (consortium, compagnons du devoir, coopérations,etc).

Ainsi Génération Robots crée Humarobotics, conserve son activité de robotique éducative et remonte la chaîne de valeurs, d’intégrateur à distributeur de robots (Rethink, puis récemment Doosan). Lucas crée et intègre des robots cartésiens. Depuis peu, Lucas est distributeur du fabricant italien Comau. Akeo Plus, MC Robotics, Aerospline s’inscrivent dans la RDI et proposent des briques technologiques d’intégration; BA systèmes devient B2A Technology, suite à sa fusion avec Alstef. B2A technology bénéficie d’un accord avec GE Healthcare pour la distribution de ses robots médicaux. Sous le nom d’Actemium s’est formé un réseau d’intégrateurs en franchise;  Balyo s’est développé via des accords de partenariat avec des entreprises leaders dans les « chariots » logistiques (Linde et Hyster-Yale), et finance sa croissance par une introduction en bourse.

L’intégration sectorielle sur le territoire français de nouvelles robotiques est le maillon pivot du processus de transformation de nos industries et services ET une voie de croissance par l’innovation.

1 réflexion sur « Les intégrateurs de robotique industrielle en France »

  1. Louis-Romain JOLY 10 mai 2019 — 9 h 05 min

    Le rôle d’intégrateur (j’utilise pour ma part plutôt celui d’ensemblier) est effectivement clé dans les développements robotiques. Si les besoins de la robotique industrielle (telle qu’entendue aujourd’hui) conduisent de nouveau à réfléchir au meilleur positionnement de cet acteur dans la chaîne de valeur, il me semble que cette réflexion est encore plus fondamentale pour les besoins des industriels relevant de la robotique mobile.
    Plus que le type de robotique (industrielle vs mobile) c’est probablement le niveau de maîtrise de l’environnement qui fait la différence. La mise au point des robots nécessite toujours des connaissances métiers. Dans un cadre délimité et maîtrisé, il me semble plus facile de faire communiquer l’intégrateur(rice) et l’expert(e) du métier. Lorsque le terrain de jeu est à l’échelle du territoire et qu’il est soumis à de fortes variabilités, l’intégrateur(rice) se devra de maîtriser le métier. Sans quoi les phases de mise au point terrain, déjà longues et coûteuses, deviendront prohibitives. Est-il dès lors pertinent de faire appel à un tiers ou le donneur d’ordre préférera-t-il monter en compétences (montée en compétences d’ailleurs facilitée par des middlewares opensource tels que ROS) ?
    Pour répondre à cette question, peut-être faut-il parler « services » et notamment « maintien en conditions opérationnelles » ?

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