Des technologies pour la Planète et ses habitants

Aujourd’hui, la prise de conscience de l’enjeu climatique s’accompagne d’une mobilisation citoyenne mondiale sans précédent. Nous vivons, au présent, un moment historique. Les géologues confirment que nous sommes entrés dans une nouvelle époque qu’ils appellent l’ère Anthropocène, ou l’Ère de l’Homme. L’Anthropocène est une ère où notre idéologie de progrès et les outils humains ont un impact majeur sur la Terre et ses habitants. C’est aussi une période où l’explosion des inégalités suscite d’insupportables tensions rendant problématique l’existence d’un sol à partager en commun. C’est enfin une période où 1,8 milliard de jeunes constituent la plus grande génération de personnes âgées de 10 à 24 ans de l’histoire de l’humanité, avec 50% de la population mondiale de moins de 30 ans. Cette jeunesse et d’autres se mobilisent pour leur avenir.

En 2 siècles à peine, le modèle industriel et le progrès technique ont évolué vers un modèle de croissance, qui privilégie le développement humain selon un axe productivité/consommation et qui érige l’économie et l’innovation technologique en totems tout puissants. Ce modèle se déploie et s’installe en idéologie de progrès pour l’espèce humaine. Au présent, la Terre force notre prise de conscience que cet idéal de progrès ne peut pas être partagé par tous. Les ressources finies de la Planète n’y suffiront pas. Le développement des uns entre en conflit avec la survie de tous. A force d’avoir été exploitée, la Nature se rebelle et entre avec fracas en acteur d’une force immaîtrisable, en nous posant un enjeu à l’échelle atmosphérique. Notre planète nous pose violemment la question du sens. Il s’agit de redéfinir la notion de progrès et de ré-organiser nos systèmes en conséquence. L’approche écologique doit nous engager dans une transformation systémique.

Les technologies, notamment les GPT (General Purpose Technologies) sont une des forces motrices de la transformation de nos organisations et modes de vie. De l’ustensile à l’outil, de l’appareil à la machine, de l’automate aux robots, « nous habitons technologiquement le monde » comme l’écrit si justement Michel Puech dans  « Homo Sapiens Technologicus ». En bien et en mal.  On oppose trop systématiquement progrès technique et écologie. Les innovations technologiques ne sont pas que des outils de productivité industrielle, elles peuvent contribuer à l’intérêt général écologique. Alors citons quelques exemples contemporains, où nous utilisons les robots, figures emblématiques des débats idéologiques, au service de la planète.

Des robots de collecte, tri et valorisation des déchets contribuent à l’efficience d’une économie circulaire. Green Creative (FR) propose une solution industrielle, Flexidry, et de collecte publique, R3D3. TOMRA (Norvège) déploie ses «reverse vending machines» pour la collecte et des capteurs innovants pour le tri; AMP Robotics (USA) s’appuie sur Neuron, logiciel d’IA en perception et Cortex, un système robotique autonome de manipulation. MAX.AI de Bulk Handling Systems (BHS, USA) allie les technologies d’apprentissage profond, de réseaux de neurones multicouches, de perception-vision et une trieuse robotique pour un rythme de tri supérieur à celui de l’humain sur certains matériaux. ZenRobotics (Finlande) propose un outil d’analyse des déchets et une gamme de robots de tri, en mode solutions.

Les tendances fortes du bio et de l’agro-écologie ont donné lieu à de nombreux travaux de robotique agricole de précision, dans une démarche d’intensification durable alliant productivité des cultures et respect de l’environnement écologique. Les applications vont de la plantation, la taille, le désherbage, l’ensemencement, la récolte à la manutention. En France, le laboratoire IRSTEA, les entreprises  Ecorobotix, Meropy, Carre, et bien d’autres, sont autant d’exemples de techniques au service de la nature. Cette robotique assiste une meilleure gestion et productivité des sols et réduit l’usage d’engrais synthétiques et de pesticides. Remplaçant la chimie par la mécatronique, elle allie productivité et pratiques écologiques. Elle contribue à la durabilité des petites exploitations qui animent nos territoires.

Dans un environnement climatique déréglé, ponctué de catastrophes naturelles, drones et robots contribuent à la sécurité et surveillance mais aussi la résilience de nos habitats et nos infrastructures. Les robots démantèlent nos centrales nucléaires. Les systèmes robotiques s’intègrent dans des bâtiments à énergie positive. Les robots grimpeurs de SERBOT (CH) nettoient les panneaux photovoltaïques pour qu’ils soient plus efficaces. L’entreprise Biomitech (Mexique) crée le BioUrban, un arbre-robot métallique qui transforme les gaz et particules polluantes comme le CO2 en oxygène en milieu urbain.

Des initiatives robotiques s’engagent pour la « réparation » de notre planète et en particulier la dépollution plastique de nos océans. Le fondateur du projet Ocean Clean Up reste fixé sur l’objectif de nettoyer 50% de la grande plaque de déchets du pacifique, malgré l’échec du 1er déploiement de son système. A plus petite échelle, le Robot JellyFish de l’entreprise IADYS (FR) propose des prestations de dépollution des ports.  

L’initiative « Tech For Good » s’appuie sur les 17 objectifs de développement durable de l’ONU et recense déjà 500 acteurs « Tech for Good » en France

Il faut, bien sûr, étudier avec vigilance les avantages potentiels des robots et autres objets technologiques,  mis en balance avec l’impact environnemental de l’ensemble de leur cycle de production, jusqu’aux déchets électroniques qu’ils engendrent. Comprendre les capacités et les limites des nouvelles technologies et prévenir, avec responsabilité, les dérives potentielles de leurs mises en pratiques sont essentiels pour les mettre à contribution.

Sans en exagérer le rôle, les technologies de rupture, dont la robotique, peuvent assister une trajectoire alternative, de marche vers un nouvel équilibre général durable pour la planète et ses habitants. Nous avons besoin d’innovations économiques et d’engagements institutionnels pour accompagner cette transformation technologique et écologique.

Alors je me surprends à imaginer un monde où l’agriculture d’intensification durable, est une réalité globale, déclinée en une diversité de bonnes pratiques, assistées par les drones et robots. Un monde où les ressources vitales et une énergie renouvelable et durable sont partagés par tous. Un monde de sobriété écologique et d’économie circulaire. Un monde où la pénibilité du travail a disparu pour laisser la place à l’expression et au partage des savoir-faire de chacun, Un monde résilient, où, lors de catastrophes naturelles, l’aide humanitaire est distribuée bien avant l’arrivée des secours,…

Que cet article inspire à enrôler l’écosystème technologique dans une démarche écologique d’intérêt général, pour qu’il contribue à en faire bénéficier, en priorité, les territoires qui en ont le plus besoin, dans le respect de leur altérité sociale et culturelle. Que cet article réconcilie écologie et technologie, pour prendre soin des terrestres et mieux vivre ensemble durablement sur notre belle planète.

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