Penser, c’est bifurquer

Techno-cogito, ergo sum

une chronique parue dans Les Echos en mars 2020, toujours d’actualité

Les produits et offres de services technologiques foisonnent de plus en plus dans nos vies quotidiennes. En parallèle, la jeune génération nous interpelle sur nos modèles et la planète réagit violemment à ce que nous qualifions toujours de progrès.

Le big data et l’IA doivent nous permettre de mieux connaître le «consommateur». Le marketing s’automatise, et la relation aux clients est augmentée de nouveaux contacts et services, principalement numériques. La transformation technologique des entreprises est systématiquement associée aux objectifs de performance, productivité, réduction des coûts et compétitivité. Le tout, en améliorant la qualité et les possibilités de personnalisation…et bien sûr, dans une démarche responsable et éthique.  En robotique, viennent alors s’ajouter des objectifs d’améliorations des conditions de travail, de réduction des troubles musculosquelettiques, de sécurité et maintenance des infrastructures, …

Cet impératif d’innovation entraine un bouleversement intense des organisations et des métiers, et une suractivité dans les entreprises qui nous accapare, nous stresse, nous « burn-out ». Dans ses activités professionnelles comme personnelles, l’usager est soumis à de multiples injonctions de transformer ses pratiques et exposé aux peurs, fantasmes et dystopies relayés par les médias, en surenchère compétitive d’audience. Ce que d’aucun appelle accélération technologique est une frénésie, sans jamais le temps de songer à notre vie.

Les machines ne pensent pas. Elles captent des données, les analysent avec des logiciels de calculs et mettent en œuvre les fonctionnalités pour lesquelles nous les avons programmées. L’usager doit être informé sur les technologies intégrées dans les objets technologiques qui l’entourent, pour les utiliser à leurs pleines capacités, tout en étant conscient que les fonctionnalités sont sujettes à des pannes, des bugs, des erreurs de manipulation, des actes potentiels de malveillance. 

La responsabilité en incombe tant au fabricant et son distributeur qu’à l’usager et à l’écosystème de services et de régulation, qui accompagnent tout objet technologique. Il ne s’agit plus d’une relation du producteur au client et au consommateur. Il ne s’agit plus d’une chaîne de valeur verticale mais bien de réseaux complexes d’interdépendances au sein de systèmes.

Penser, c’est bifurquer, comme l’énonçait si magnifiquement Michel Serres. Ne pas obéir aveuglement à son GPS, qui pourtant calcule en temps réel le trajet optimal, mais prendre des chemins de traverse.

Les objets technologiques n’ont de sens que s’ils apportent leurs capacités au service des réponses individuelles et collectives à la question : dans quel monde voulons-nous vivre ? Alors, je bifurque et réfléchis à mes usages des technologies et leurs places dans nos vies. Et vous ?

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